• Accueil
  • Présentation
  • Rapports Missions et Voyages d’études
  • Liens
  •  

    10e Mémorial de la traite des Noirs, le 10 mai 2008

    16 mai 2008 | Les Voies du Souvenir | Par Claire Dufour-Jaillet

    Participation au 10e Mémorial de la traite des Noirs, le 10 mai 2008, à Bordeaux, organisé par l’association DiversCités et la Fondation Européenne du Mémorial de la Traite des Noirs.


    10e Mémorial de la traite des Noirs “En ce 10 mai 2008, sur le Quai des Chartrons à Bordeaux, j’ai eu le sentiment douloureux d’un tableau qui se réveillait sur la scène d’un théâtre antique. Un cri de souffrance lancé, un appel à la reconnaissance et à la délivrance de toutes les mémoires, ignorés et bafoués par ceux à qui ils étaient destinés. La violence de cette scène blessera et meurtrira encore nos humanités, notre humanité tant que la mémoire de cette horreur partagée n’aura pas été amenée à la lumière de façon commune, seule condition pour que les esprits trouvent enfin la paix.”


    Pour la troisième année consécutive, je me suis rendue à Bordeaux pour le Mémorial de la traite des Noirs et la Commémoration de l’abolition de l’esclavage. Le choix de rejoindre l’Association DiversCités et la Fondation Européenne du Mémorial de la Traite des Noirs pour cette célébration s’est fait à partir de l’appréciation de la qualité de leur démarche et de la valeur de leurs projets. L’association DiversCités, présidée par Karfa Diallo, œuvre depuis plus de 10 ans à promouvoir les diversités culturelles qui s’expriment dans les espaces nationaux. La création de la Fondation Européenne du Mémorial de la traite des Noirs, présidée par l’écrivain Patrick Chamoiseau, a été annoncée à l’Assemblée Nationale, le 9 mai 2006, sous le haut patronage de l’UNESCO (Projet la Route de l’Esclave). Leur objectif : Partager nos mémoires pour ouvrir le futur à tous !


    Pour la troisième année consécutive, sur le même lieu de célébration (le quai d’où partit le premier bateau négrier), se sont tenues deux cérémonies : le 10e Mémorial de la traite des Noirs de DiversCités et la 3e Commémoration de l’abolition de l’esclavage de la Mairie de Bordeaux.


    En 2006, le représentant de la Mairie de Bordeaux inaugurait la conférence internationale organisée par DiversCités en saluant le travail de l’Association. En 2007, en fin de cérémonie, le groupe du Mémorial de DiversCités rejoignait celui de la Mairie, et une poignée de main entre Karfa Diallo et Hugues Martin s’accompagnait du vœu que la commémoration de 2008 réunisse tous les acteurs concernés en une seule cérémonie. Pour cette édition 2008, des barrières étaient dressées entre les deux cérémonies et le groupe de DiversCités était empêché par la police de rejoindre la fin de la commémoration de la Mairie.


    Au-delà du questionnement sur la légitimité d’empêcher des citoyens de rejoindre une cérémonie publique, au-delà des divergences qui ont pu amener à une telle radicalisation de la position du Maire de Bordeaux, j’ai laissé mon esprit voler au-dessus de ce lieu de mémoire : le quai où accostèrent et d’où partirent tant de bateaux impliqués dans la traite négrière. J’ai laissé mon esprit résonner à toutes les mémoires laissées en ce lieu.


    Et j’ai vu, en ce 10 mai 2008, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, deux porteurs de mémoires, deux mémoires lourdes à porter.


    Karfa Diallo portait le cri et la souffrance de millions d’esclaves déportés et vendus. Son discours vibrant, ponctué de “Pouvez-vous seulement imaginer ?” retraçant le parcours de ces hommes, femmes et enfants, s’est terminé par un appel à tous “Pouvez-vous vous laisser toucher ?” et par la reconnaissance de ceux qui sans relâche se sont tenus debout en hommes libres. Moment de forte émotion au bord de la Garonne, Karfa Diallo était visiblement encore très habité par la vibration de son séjour à Fort de France autour de la mort de Aimé Césaire.


    Du côté “officiel”, Alain Juppé, en tant que Maire de Bordeaux, portait la mémoire des hommes et des femmes impliqués ou simplement complices de la traite négrière, la mémoire de ceux qui portent encore aujourd’hui dans leur richesse les traces de ce crime contre l’humanité. Il appelait à la vigilance en s’appuyant sur les propos de son invitée, Mme Michaëlle Jean, Gouverneure générale du Canada, arrière arrière petite-fille d’esclave : “Je suis ici, dans cet ancien port négrier, pour saluer la mémoire des millions d’Africaines et d’Africains déportés vers les Amériques et réduits à l’esclavage. Je vous invite à ne jamais relâcher votre vigilance devant le moindre signe d’intolérance et de contrer par tous les moyens l’incompréhension des uns qui engendrent trop souvent l’exclusion des autres.


    Deux mémoires réveillées, deux violences réactivées. Violence de la souffrance subie, violence de la souffrance infligée. Une violence qui blesse et meurtrit l’humanité de ceux qui l’ont subie et de ceux qui l’ont fait subir.

    On ne réveille pas impunément les mémoires enfouies quand leur chair est faite de cris, de tortures et de mort, de mépris, de cécité et de surdité à la souffrance infligée. C’est un acte grave qui demande à être porté avec responsabilité et dignité et à être vécu dans un vrai recueillement, car il génère émotions fortes et douleurs violentes. J’ai déjà eu à vivre ce retour de mémoire dans des lieux comme la plage de Ouidah au Bénin ou dans la Maison des esclaves à Gorée au Sénégal.

    En ce 10 mai 2008, sur le Quai des Chartrons à Bordeaux, j’ai eu le sentiment douloureux d’un tableau qui se réveillait sur la scène d’un théâtre antique. Un cri de souffrance lancé, un appel à la reconnaissance et à la délivrance de toutes les mémoires, ignorés et bafoués par ceux à qui ils étaient destinés. La violence de cette scène blessera et meurtrira encore nos humanités, notre humanité tant que la mémoire de cette horreur partagée n’aura pas été amenée à la lumière de façon commune, seule condition pour que les esprits trouvent enfin la paix.


    En regardant couler l’eau de la Garonne, entre douleur et colère, j’ai tenté d’apaiser mon esprit en appelant de tous mes vœux : Honneur et dignité pour tous nos ancêtres. Fraternité basée sur la reconnaissance d’une mémoire commune : celle de l’esclave et du négrier qui regardent ensemble le désastre et la désolation laissés dans la mémoire collective. Fraternité entre deux frères ennemis qui choisissent fièrement et humblement de se regarder en face et d’agir ensemble pour rétablir honneur et dignité pour tous. Fraternité posée sur le socle d’un pacte ferme de dialogue non-violent et de respect mutuel.


    Dans le cadre du projet Les Voies du Souvenir (travail de mémoire autour de l’esclavage qui se fait au Bénin) et dans le souhait de tisser un pont avec le Mémorial de Bordeaux, Prometra France est en cours de réflexion avec DiversCités et La Fondation Européenne du Mémorial pour bâtir un partenariat efficient entre nos organisations.

    Merci à toi, Karfa, de porter bravement ce flambeau, et comme disent les vieux guérisseurs Sérères de Malango : “Mboga Com”, tous ensemble dans l’honneur et la dignité pour relever tous les défis.

    Claire Dufour-Jaillet

    Présidente Prometra France

    2 Responses to “10e Mémorial de la traite des Noirs, le 10 mai 2008”

    1. OLLIER Nicole Says:

      Dans le cadre du projet Les Voies du Souvenir (travail de mémoire autour de l’esclavage qui se fait au Bénin) et dans le souhait de tisser un pont avec le Mémorial de Bordeaux, Prometra France est en cours de réflexion avec DiversCités et La Fondation Européenne du Mémorial pour bâtir un partenariat efficient entre nos organisations.
      Merci à toi, Karfa, de porter bravement ce flambeau, et comme disent les vieux guérisseurs Sérères de Malango : “Mboga Com”, tous ensemble dans l’honneur et la dignité pour relever tous les défis.
      Claire Dufour-Jaillet
      Présidente Prometra France

    2. OLLIER Nicole Says:

      Notre association “Passages en voix” a traduit une comédie musicale d’un Prix Nobel de la Caraïbe et produit un spectacle qu’elle aimerait montrer en mai 2009 dans le cadre de la commémoration de l’esclavage et de la traite des noirs à Bordeaux. Nous aimerions savoir comment intégrer cette manifestation dans le cadre des initiatives commémoratives de DiversCités, l’UNESCO et Prometra, pour mai 2009 et éventuellement de manière plus régulière. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous envoyer une réponse rapidement. Merci d’avance, nos chaleureux sentiments,
      La présidente, Nicole Ollier

    Leave a Reply

    Powered by WP Hashcash